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Travail social | Lettre ouverte de la Fédération CGT des Services publics

à Mme Marlène SCHIAPPA
Secrétaire d’État auprès du Premier ministre,
chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes

Copie :
-  Mme Agnès BUZYN, ministre des Solidarités et de la Santé ;
-  M. Jean-Michel BLANQUER, ministre de l’Éducation nationale ;
-  Mme Brigitte BOURGUIGNON, Présidente du Haut Conseil en Travail Social

Objet : indignation des professionnel-le-s du secteur médico-social et de la petite enfance suite à votre annonce à l’Assemblée nationale relative à « la création d’un dispositif de Validation d’Acquis et d’Expérience pour les jeunes parents »

Madame la Secrétaire d’État,

Vous avez annoncé jeudi 20 juillet 2017 à l’Assemblée nationale « travailler à la mise en place d’un parcours diplômant pour les jeunes parents » et vous avez complété sur Twitter « de jeunes parents en fin de congé parental qui n’ont ni diplôme ni expérience professionnelle ».

Nous vous invitons tout d’abord à consulter le Code d’Action Sociale des Familles où vous apprendrez qu’un congé parental ne peut être pris que par un parent salarié : il faut au minima justifier d’au moins 8 trimestres de cotisations vieillesse dans les 2 ou 4 dernières années (pour un 1er et 2ème enfant) ou de 5 ans (pour un 3ème enfant et plus).

Vous comprendrez donc rapidement après avoir consulté ces bases juridiques l’absurdité de réserver un dispositif à « des jeunes parents en fin de congé parental qui n’ont pas d’expérience professionnelle », car ceux-ci n’existent pas ! Qui dit congé parental, dit avoir été salarié, donc avoir une expérience professionnelle, vous l’aurez compris.

Pour votre information, les jeunes parents qui n’ont aucune expérience professionnelle bénéficient du RSA, soit un montant de 807 euros par mois (avec l’aide au logement) pour un couple avec un enfant, sans oublier la diminution de 5€ mis en place dès le mois d’octobre par votre gouvernement.

Autant vous dire que, certes, si ces parents développent des compétences en matière d’éducation de leur enfant, c’est aussi et surtout en matière de gestion financière de leur budget extrêmement restreint qu’ils sont maîtres !

Ainsi, vous souhaitez transformer l’expérience de ces jeunes parents bénéficiaires du RSA « en CAP Petite enfance, en diplôme d’État, en Brevet d’État d’éducatrice de jeunes enfants ». N’oubliez donc pas au passage de transformer leur expérience de gestion financière en diplôme de comptabilité, leur expérience de cuisine en CAP de cuisine, leur expérience d’aide aux devoirs en diplôme de professeur des écoles et leur expérience de gestion des emplois du temps en diplôme d’organisations d’événementiels !

Par ailleurs, dans un souci d’actualiser vos connaissances, il n’y aura plus jamais aucun nouveau diplômé en CAP Petite Enfance. En effet, le CAP Petite Enfance a été supprimé pour être remplacé par le CAP Accompagnant Éducative Petite Enfance. N’hésitez pas à demander des précisions au gouvernement précédent.

Dans cette même dynamique, nous nous permettons également de vous faire part d’une autre information essentielle : le « Brevet d’État d’éducatrice spécialisée » que vous mentionnez n’existe pas lui non plus. Tout d’abord, parce que des hommes exercent ce métier, donc le féminin n’est pas de rigueur pour l’intitulé du diplôme, c’est grammatical et non syndical. D’autre part, il s’agit du diplôme d’État (et non du brevet) d’Éducateur spécialisé, soit une formation initiale de 3 ans après l’obtention du Baccalauréat.

Nous espérons que ces informations vous seront utiles pour vos prochaines communications publiques.

Aujourd’hui, l’ensemble des acteurs et professionnels du champ de la petite enfance, du médico-social vous interpelle face au non-sens de « votre projet », conduit sans aucune consultation au préalable des professionnels et organisations syndicales qui les représentent, ce que la CGT des Services publics déplore et condamne fortement ! Quel déni de démocratie sociale !

Quant au fond de « votre projet », nous nous permettons de vous rappeler une évidence : Il y a une différence entre s’occuper de ses enfants et s’occuper des enfants des autres !

Auxiliaires de puériculture, infirmier-ère-s puéricultrices, éducat-eur-rice-s de jeunes enfants, éducateur-rice-s spécialisé-e-s, ATSEM sont avant tout des professionnel-le-s formé-e-s, diplômé-e-s, qualifié-e-s et compétent-e-s. Des compétences acquises lors d’une véritable formation initiale ou professionnelle qui permet d’acquérir des savoirs, savoir-faire et savoir- être, avant tout pour la sécurité physique et affective de nos enfants que nous leur confions au quotidien. Ces professionnel-le-s sont formé-e-s pour connaître le développement psycho-affectif, psychomoteur, sensoriel des enfants. Ils et elles agissent dans une démarche de prévention, pour repérer les retards de développement, les signes de maltraitance, accompagner les parents dans leurs questionnements.

Une Validation d’Acquis et d’Expérience, du fait d’être parent d’un ou plusieurs enfants relèverait d’une formation au rabais pour ces jeunes parents et futurs professionnels qui ne manqueraient pas d’être rapidement en difficulté face à une réalité professionnelle souvent très complexe.

En outre, permettre et faciliter l’accès à ces formations aux femmes et hommes qui souhaiteraient s’y engager est, comme vous le soulignez, un axe primordial à développer.

Les services et associations d’aide à l’insertion professionnelle ou socioprofessionnelle en faveur des personnes bénéficiaires du RSA sont de plus en plus mises à mal dans leur fonctionnement et la réalisation de leurs missions pour soutenir, orienter et former ces demandeurs d’emploi, femmes ou hommes bénéficiaires du RSA.

Face à l’austérité imposée par le gouvernement aux Départements, collectivités territoriales en charge du financement de l’ensemble du dispositif RSA, les budgets des associations et structures d’aide à l’insertion sont de plus en plus contraints. Les conséquences sont dramatiques et aboutissent à laisser de côté nombre de demandeurs d’emploi bénéficiaires du RSA.

Pour la CGT des Services publics, il est essentiel de renforcer rapidement les moyens humains et financiers liés au champ de l’insertion professionnelle et socioprofessionnelle en faveur des personnes bénéficiaires du RSA.

Enfin, nombre de femmes sont malheureusement contraintes de ne pas travailler. Faute de solution d’accueil pour les jeunes enfants, une part des femmes persiste à ne pas pouvoir avoir accès au marché du travail ou doit se contenter d’emplois à temps partiel. Le manque de places d’accueil collectif pénalise surtout les parents les moins fortunés, ce mode de garde restant le moins onéreux.

Pour la CGT des Services publics, créer des places dans des modes d’accueil de qualité serait faire œuvre de considération pour les droits des enfants et de leurs parents et permettrait de lever ces freins importants au préalable à toute insertion professionnelle.

Pour conclure, la Fédération CGT des Services publics et les professionnels de la petite enfance tiennent à réaffirmer qu’ils seront extrêmement vigilants quant à la défense de leurs diplômes et la reconnaissance de leur compétence professionnelle.
Vous n’êtes pas sans savoir que les ATSEM sont fortement mobilisé-e-s pour la reconnaissance de leurs métier, qualifications et compétences. Acteur-trice-s au quotidien dans les écoles, ces professionnel-le-s perçoivent un salaire de misère loin des salaires versés dans des professions plus masculines à compétences égales. La revalorisation salariale des ATSEM, la possibilité d’un véritable déroulement de carrière est un enjeu essentiel du champ de l’égalité femmes-hommes et nous comptons sur votre engagement et votre soutien auprès du ministre de l’Action et des comptes publics, Gérald DARMANIN pour aboutir rapidement à des mesures concrètes, à la hauteur des ambitions d’une véritable politique publique au service de la petite enfance.

Afin de faire société autour des principes de justice sociale et de solidarité, la Fédération CGT des Services publics se tient à votre disposition pour échanger avec vous sur ces sujets.

Nous vous adressons, Madame la Secrétaire d’État, nos sincères salutations.

Pour la Fédération CGT des Services publics
Baptiste TALBOT
Secrétaire général

Pour le collectif fédéral filière médico-sociale
Delphine DEPAY
Animatrice du collectif

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Lettre ouverte à Mme Marlène SCHIAPPA

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