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Intervention de Valérie Lesage, Secrétaire Générale de l’Union régionale Ile de France CGT à l’occasion de la commémoration du 56e anniversaire du 8 février 1962

Se souvenir aujourd’hui, du massacre du métro Charonne lors de la manifestation du 8 février 1962, il y a maintenant 56 ans, c’est se rappeler que le fascisme avait tissé sa toile jusqu’au sommet de l’état.
Se souvenir du massacre, c’est réaffirmer l’importance aujourd’hui comme demain de poursuivre la lutte pour la liberté des peuples.

Le 8 février 1962, en fin d’après-midi, neuf militants de la CGT, dont huit étaient également communistes tombèrent au métro Charonne, victimes des unités spéciales et des violences policières.

La guerre d’Algérie durait depuis 7 ans. Tout un peuple et une jeunesse marqués par le colonialisme et le racisme se levaient pour faire entendre leur exigence de paix, de dignité, de progrès et d’indépendance.

Parce qu’ils menaient la lutte de libération de leur pays, plus d’un million d’Algériens l’ont payé du sacrifice de leur vie et des dizaines de milliers d’entre eux ont été torturés, tués ou blessés par l’armée française.

Des centaines de milliers de jeunes soldats français ont été expédiés dans cette guerre ; 250 000 d’entre eux y laissèrent leur vie, et pour ceux qui en sont revenus, leur jeunesse et leurs espoirs.
La Guerre d’Algérie c’était cela.

C’était aussi la censure de la presse, particulièrement l’Humanité, et l’interdiction de manifester.

La guerre d’Algérie c’était pour les algériens et la CGT, un combat pour des solidarités nouvelles et multiples, pour une prise de conscience grandissante pour promouvoir l’indépendance, la paix et de nouvelles relations entre les peuples et pays.

Ainsi, en France, l’idée de la paix en Algérie grandissait dans l’opinion publique. De plus en plus massivement, la population protestait contre cette sale guerre.

Après des années difficiles passées à combattre le colonialisme, un espoir nouveau s’ouvrait.

La lutte de libération nationale en Algérie et la solidarité des travailleurs français et de la population ont conduit De Gaulle à négocier avec les véritables représentants du peuple algérien.
Pour la paix et l’indépendance de leur pays, les immigrés algériens en France participèrent à cette lutte de libération.

Inquiets des négociations engagées, les Généraux Challe, Salan, Jouhaux, Zeller, ultra nationalistes pour l’Algérie française organisaient le putsch d’Alger.

En France et en Algérie, L’OAS semait la terreur en multipliant attentats et assassinats.

La réprobation, la protestation étaient de plus en plus vives parmi les salariés et les démocrates. Une manifestation était organisée pour le 8 février à 18 heures 30, place de la Bastille, à l’appel de la CGT, CFTC, FEN, UNEF, Parti communiste français, PSU, Jeunesse communiste, Mouvement de la paix.

La manifestation était imposante, plusieurs cortèges se formaient

Alors que la dislocation était déjà annoncée, la police chargeait brutalement et matraquait les manifestants. Parmi ceux qui avaient été refoulés dans l’entrée du métro Charonne, certains tombent, les suivants s‘entassent sous les coups de matraques de la police et les jets des grilles en fonte de protection d’arbres de Paris.

Tous les manifestants étaient venus pacifiquement pour exiger que l’Algérie ait le droit à l’indépendance et pour crier leur dégoût des crimes de l’OAS, de ceux qui recouraient aux pires horreurs pour imposer leur loi coloniale.

Tard dans la nuit, le bilan était connu : 8 morts, 250 blessés, un 9ème décèdera quelques semaines plus tard des suites de ses blessures. Dès le lendemain, des millions d’hommes, de femmes ont cessé le travail. On dénombrait 2 millions de grévistes en région parisienne.

Le 13 Février, jour des obsèques, la population rendait un immense hommage aux martyrs. Plus d’un million de personnes les accompagnait de République au Père Lachaise.

Un mois après ce drame, le 19 mars 1962, l’accord de cesser le feu était signé à Evian. Et le 1er juillet 1962, l’Algérie retrouvait enfin son indépendance.

Le souvenir de nos neuf camarades assassinés résonne aujourd’hui de façon particulière pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent exprimer, avec la même force, leur solidarité aux femmes et aux hommes, à ce peuple qui luttent pour que l’Algérie demeure souveraine, républicaine et démocratique.

Beaucoup aujourd’hui voudraient que cet épisode soient relégués aux oubliettes de l’Histoire. 56 ans après ce massacre, l’état français n’a toujours pas reconnu sa responsabilité.

Notre devoir de mémoire historique est indispensable. C’est une nécessité pour comprendre et mener les combats syndicaux et politiques d’aujourd’hui.
Charonne fait partie de ce patrimoine dont nous n’entendons pas nous laisser déposséder.

Le souvenir de nos neuf camarades résonne de façon encore plus criante, après les vagues d’attentats qui ont frappé la France et de nombreux pays dans le monde, ces dernières années.

Montreuil le 8 février 2018

Intervention Charonne

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